source : Le Potentiel (Kinshasa) - Regine Kiala - 01/07/2008
Dans les rues et les marchés de la capitale, de nombreux enfants vendent de l’eau en sachet pour nourrir leurs familles.
«Eau pire ou eau pi » (eau pure). C’est ainsi que s’égosillent, toute la journée, des enfants dont certains n’ont que 9 ans, dans le brouhaha du marché Central de Kinshasa.
« Mon employeur prend les recettes de 3 jours et moi je prends celles de 3 autres jours » a fait savoir Fiston Soko, un mineur de 11 ans. Il a précisé que les autres enfants vendeurs sont payés en pourcentage du nombre de paquets vendus. Généralement, dit-il, nous nous approvisionnons aux alentours du marché Central.
Transportant de lourdes charges sur la tête, ces enfants dont l’âge varie entre 9 et 15 ans vendent le sachet d’eau 50 FC la pièce. Les personnes qui fréquentent le marché central sont leurs clients de prédilection.
Après son repas, une vendeuse de bijoux appelle l’un d’eux et prend un sachet. « Je ne peux ouvrir tout de suite mon sac. Mes mains sont sales », lui dit-elle, en palpant l’eau. « Repasse tantôt retirer l’argent. D’ailleurs, ton eau est chaude », ajoute-t-elle.
Les Ouest-Africains (Sénégalais, Maliens, etc.) emploient bon nombre de ces enfants. Ils les hébergent pendant une semaine, voire tout un mois. Ensuite, ces enfants regagnent le toit parental avec des poches remplies.
«Moi, je passe un mois auprès de mon patron. Question de réunir beaucoup d’argent pour laisser la provision à ma famille. Par semaine, je gagne plus de 50 dollars américains», affirme Christian Senga, un adolescent de 15 ans.
L’adolescent fait partie d’un groupe de 4 enfants dont les parents sont chômeurs ou vigiles. Ils habitent la périphérie de Kinshasa. Le plus petit d’entre-eux, Fiston Bola, se dit orphelin de père et de mère.
«J’exerce mon métier ambulant, depuis 2 ans. Je passe la nuit au marché Central. L’argent que je gagne me permet d’acheter à manger et de m’habiller ». Et d’ajouter : «les jours où se jouent les grands matches de football, je sillonne les alentours du stade ; je réalise ainsi de bonnes affaires car je ne partage cet argent avec personne».
Des centaines d’enfants vivent de ce système qui est courant dans bien des marchés de Kinshasa.
Pour un grossiste en eau, habitant près du marché Central de Kinshasa, ces enfants proviennent essentiellement des familles en dislocation ou des familles d’accueil. Ils vendent de l’eau pour contribuer à la survie des ménages.
Un responsable du marché Central de Kinshasa, qui a requis l’anonymat, observe cette situation depuis les années 1990. Il explique que ces petits débrouillards sont plus nombreux dans les marchés entre les mois de septembre et de mai, pendant la saison des pluies.
Durant cette période, en effet, il fait particulièrement chaud dans la capitale congolaise et la population consomme beaucoup d’eau pour étancher la soif.
ENFANT A L’ECOLE, NON DANS LA RUE
Pour alléger le dur labeur de ces enfants évalués à plus d’un millier au marché Central, le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il doit faire appliquer les droits des enfants et les prendre en charge dans la mesure du possible.
«Dans la rue, ces enfants vivent de multiples maux : la violence, la prostitution, le manque d’hygiène, la malnutrition, l’exploitation, la drogue, la déperdition scolaire, la désintégration familiale, la solitude et le manque d’affection de la part de leurs familles et de la société qui, fuyant ses responsabilités, les qualifie de sorciers », a déclaré un responsable du marché, sous couvert d’anonymat.
Il a, en outre, signalé que le rôle et les responsabilités du gouvernement se définissent par rapport aux dispositions prévues par la protection légale et sociale de l’enfant. Pour lui, le gouvernement manque de politique nationale globale pour l’enfance ainsi qu’un cadre d’intervention intégré au plan d’actions pour la protection de l’enfant congolais.
L’inquiétude majeure réside dans le fait que les défenseurs des droits de l’enfant sont plus focalisés sur les violences sexuelles faites aux enfants alors que ce phénomène d’enfants vendeurs d’eau est aussi une forme de violence.
Les ONG ne s’y intéressent pratiquement pas. Le jour où le phénomène prendra de l’ampleur, les activistes des droits de l’homme se réveilleront pour dire à ces enfants d’abandonner ce métier car leur place n’est pas dans la rue mais à l’école.