Archive pour la catégorie ‘Pauvreté’

Eau en sachet à vendre …

Mercredi 2 juillet 2008

source : Le Potentiel (Kinshasa) - Regine Kiala - 01/07/2008

Dans les rues et les marchés de la capitale, de nombreux enfants vendent de l’eau en sachet pour nourrir leurs familles.

«Eau pire ou eau pi » (eau pure). C’est ainsi que s’égosillent, toute la journée, des enfants dont certains n’ont que 9 ans, dans le brouhaha du marché Central de Kinshasa.
« Mon employeur prend les recettes de 3 jours et moi je prends celles de 3 autres jours » a fait savoir Fiston Soko, un mineur de 11 ans. Il a précisé que les autres enfants vendeurs sont payés en pourcentage du nombre de paquets vendus. Généralement, dit-il, nous nous approvisionnons aux alentours du marché Central.

Transportant de lourdes charges sur la tête, ces enfants dont l’âge varie entre 9 et 15 ans vendent le sachet d’eau 50 FC la pièce. Les personnes qui fréquentent le marché central sont leurs clients de prédilection.
Après son repas, une vendeuse de bijoux appelle l’un d’eux et prend un sachet. « Je ne peux ouvrir tout de suite mon sac. Mes mains sont sales », lui dit-elle, en palpant l’eau. « Repasse tantôt retirer l’argent. D’ailleurs, ton eau est chaude », ajoute-t-elle.

Les Ouest-Africains (Sénégalais, Maliens, etc.) emploient bon nombre de ces enfants. Ils les hébergent pendant une semaine, voire tout un mois. Ensuite, ces enfants regagnent le toit parental avec des poches remplies.
«Moi, je passe un mois auprès de mon patron. Question de réunir beaucoup d’argent pour laisser la provision à ma famille. Par semaine, je gagne plus de 50 dollars américains», affirme Christian Senga, un adolescent de 15 ans.
L’adolescent fait partie d’un groupe de 4 enfants dont les parents sont chômeurs ou vigiles. Ils habitent la périphérie de Kinshasa. Le plus petit d’entre-eux, Fiston Bola, se dit orphelin de père et de mère.
«J’exerce mon métier ambulant, depuis 2 ans. Je passe la nuit au marché Central. L’argent que je gagne me permet d’acheter à manger et de m’habiller ». Et d’ajouter : «les jours où se jouent les grands matches de football, je sillonne les alentours du stade ; je réalise ainsi de bonnes affaires car je ne partage cet argent avec personne».

Des centaines d’enfants vivent de ce système qui est courant dans bien des marchés de Kinshasa.
Pour un grossiste en eau, habitant près du marché Central de Kinshasa, ces enfants proviennent essentiellement des familles en dislocation ou des familles d’accueil. Ils vendent de l’eau pour contribuer à la survie des ménages.

Un responsable du marché Central de Kinshasa, qui a requis l’anonymat, observe cette situation depuis les années 1990. Il explique que ces petits débrouillards sont plus nombreux dans les marchés entre les mois de septembre et de mai, pendant la saison des pluies.
Durant cette période, en effet, il fait particulièrement chaud dans la capitale congolaise et la population consomme beaucoup d’eau pour étancher la soif.

ENFANT A L’ECOLE, NON DANS LA RUE
Pour alléger le dur labeur de ces enfants évalués à plus d’un millier au marché Central, le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il doit faire appliquer les droits des enfants et les prendre en charge dans la mesure du possible.
«Dans la rue, ces enfants vivent de multiples maux : la violence, la prostitution, le manque d’hygiène, la malnutrition, l’exploitation, la drogue, la déperdition scolaire, la désintégration familiale, la solitude et le manque d’affection de la part de leurs familles et de la société qui, fuyant ses responsabilités, les qualifie de sorciers », a déclaré un responsable du marché, sous couvert d’anonymat.

Il a, en outre, signalé que le rôle et les responsabilités du gouvernement se définissent par rapport aux dispositions prévues par la protection légale et sociale de l’enfant. Pour lui, le gouvernement manque de politique nationale globale pour l’enfance ainsi qu’un cadre d’intervention intégré au plan d’actions pour la protection de l’enfant congolais.

L’inquiétude majeure réside dans le fait que les défenseurs des droits de l’enfant sont plus focalisés sur les violences sexuelles faites aux enfants alors que ce phénomène d’enfants vendeurs d’eau est aussi une forme de violence.
Les ONG ne s’y intéressent pratiquement pas. Le jour où le phénomène prendra de l’ampleur, les activistes des droits de l’homme se réveilleront pour dire à ces enfants d’abandonner ce métier car leur place n’est pas dans la rue mais à l’école.

L’Afrique ne décolle pas

Dimanche 15 juin 2008

(source: Terra Economica - article de David Garcia)

Les cinq pays les plus pauvres du monde appartiennent au continent noir, selon le nouvel indicateur des Nations unies. La France (10e) et les Etats-Unis (16e) n’ont pas de quoi pavoiser.

Pour cerner la pauvreté dans le monde, quelques chiffres valent mieux qu’un long discours. 2,5 milliards d’êtres humains n’ont pas accès à un réseau d’assainissement. 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim. 400 millions d’enfants n’iront jamais à l’école. Enfin, 1,3 milliard d’individus vivent avec moins d’un dollar par jour. Du pain sur la planche pour la Banque mondiale qui prévoit dans son dernier rapport de diminuer la pauvreté par deux d’ici à 2030.

Il s’agit du fameux “seuil absolu de pauvreté” défini par la Banque mondiale. Un terrien sur cinq est donc pauvre. Avec des disparités sensibles selon les continents. Si la proportion de pauvres est “nettement plus élevée en Asie du Sud (43 %), en Afrique sub-saharienne (39 %) et légèrement supérieure à la moyenne en Asie de l’Est et du Sud-Est (26 %) ainsi qu’en Amérique latine (23 %), ils ne forment en revanche que quelques centièmes de la population dans les autres régions du monde”, souligne l’économiste du travail Pierre Concialdi.

Les critères de la misère

Mais la pauvreté ne se réduit pas à sa dimension monétaire. “Etre pauvre se définit d’abord par l’impossibilité d’accéder à des ressources et à des droits divers permettant de vivre décemment”, résume le conseil scientifique d’Attac dans un ouvrage sur la pauvreté et les inégalités. Pour le prix Nobel d’économie indien Amartya Sen, la lutte contre la pauvreté passe par la capacité des individus à conquérir une vie digne et libre. Dans cet esprit, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) diffuse depuis cette année un “indicateur de pauvreté humaine” établi à partir de trois critères : le pourcentage d’individus risquant de décéder avant l’âge de 40 ans, la part d’adultes analphabètes, et un troisième indice composite prenant en compte plusieurs variables (accès à des soins médicaux, à l’eau potable, enfants de moins de cinq ans victimes de malnutrition). Selon cet indicateur, les cinq pays les plus mal classés appartiennent au continent africain : Guinée-Bissau, Burkina Faso, Mali, Sierra Leone, et le Niger qui ferme la marche.

Côté pays en développement, la Suède est en pôle position, talonnée par la Norvège. Intéressant : les Etats providence scandinaves concilient toujours performance économique et bien-être social. A l’inverse des pays anglo-saxons - Etats-Unis (16e), Royaume-Uni (15e), Australie (14e) - sont mal classés malgré la croissance dynamique de leurs économies. Preuve, selon les spécialistes, que l’augmentation du Produit intérieur brut ne suffit à endiguer la pauvreté que si elle s’accompagne d’une politique efficace de redistribution des richesses.

Voir la cartographie de la pauvreté mondiale.

En guerre contre la pauvreté en Afrique

Samedi 14 juin 2008

(source : Le Journal de Montréal - Philippe Rezzonico)

«Je rends responsables tous les acteurs qui ont fait de la pauvreté une arme et un outil politique.»

Cette déclaration lourde de sens ne vient pas d’un politicien ou d’un sociologue, mais de l’artiste internationale Angélique Kidjo. Chanteuse née au Bénin maintenant immigrée en France.

«C’est pire que pire, dit celle qui a côtoyé la pauvreté et qui a pu la mesurer sur plusieurs continents. J’ai grandi dans un pays pauvre - qui est toujours pauvre -, mais au moins, j’avais trois repas par jour. Aujourd’hui, il y a des gens chez nous qui n’ont pas trois repas par jour.»

Selon elle, certains idéaux n’ont jamais été menés à terme.

«Qu’est-ce qui a changé entre les années 1980 et 2000? Rien. C’est l’attitude du business as usual. Le profit. Sauf que des billets de banque, ça ne se mange pas. De tous les problèmes du nouveau millénaire, encore plus que le Sida, c’est la faim. Les parents n’ont plus les moyens de s’acheter, ne fût-ce que du maïs, pour se nourrir.»

Bien au fait des problèmes, la chanteuse explique que le système a des ratés en partie parce qu’on ne permet pas aux pays d’Afrique de se suffire à eux-mêmes.

Les surplus

«Les pays riches se débarrassent de leurs surplus, ce qui met en danger les fermiers de l’Afrique. Les surplus de poulet qui arrivent chez nous empêchent ceux qui élèvent des poules d’en vendre. Et les nôtres, elles ne sont pas nourries aux produits chimiques. Pareil pour le maïs et le riz transgénique qu’on nous envoie.»

Donc, une bonne idée d’aide internationale qui a mal tourné?

«Pour parler d’aide, il faut qu’il y ait une relation bilatérale. Ça n’existe pas. J’étais à Hong Kong, au dernier sommet de l’Organisation mondiale du commerce, et c’est simple: les pays riches décident.

«Comment voulez-vous qu’un paysan africain puisse entrer en compétition avec un paysan canadien, français ou anglais? Il n’a pas de subventions.»

Selon Kidjo, une partie de la solution passe par la stabilité de l’Afrique.

«Les pays riches vivent sur la misère des pays pauvres. Prenons l’industrie du diamant, par exemple. Il faut que les habitants des pays riches se rendent compte que quand tu achètes un diamant, tu achètes la mort d’un enfant. Il faut qu’il y ait une conscience.

«Bono dit qu’il faut éradiquer la dette des pays pauvres envers les pays riches, mais ce n’est pas ça, la priorité.

«La priorité, c’est de permettre aux pays africains d’être autonomes sur le plan financier, sur le plan économique et sur le plan des infrastructures.»

La pauvreté en Afrique subsaharienne : problèmes et recommandations

Samedi 14 juin 2008

(source : analyses économiques et sectorielles réalisées par la Banque mondiale et les gouvernements membres dans la Région Afrique - traduit de l’anglais)

Il y a longtemps que l’on se préoccupe de la pauvreté en Afrique subsaharienne et l’on a déjà abondamment étudié les efforts de lutte contre la pauvreté.  Ce rapport analyse les relations entre les évaluations de la pauvreté, les stratégies d’aide par pays et examine les mesures que la Banque Mondiale doit prendre - en partenariat avec les gouvernements et les donateurs - pour lutter contre la pauvreté. Ce rapport est le fruit de nombreux entretiens avec les partenaires de développement de la Banque Africains, communauté des bailleurs de fonds et organisations non gouvernementales (ONG).

Généralités

Profil de la pauvreté

En moyenne, 45 à 50 % des habitants d’Afrique subsaharienne vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Cette proportion est beaucoup plus élevée que dans toutes les autres régions du monde, à l’exception de l’Asie du Sud. En 1993, on estimait que 40 % des habitants disposaient de moins de 1 dollar américain par jour pour vivre. 50 % des pauvres vivent dans cinq pays d’Afrique de l’Est et au Nigéria ; l’intensité de la pauvreté - c’est-à-dire la mesure dans laquelle les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté - est plus grande en Afrique subsaharienne que partout ailleurs dans le monde.

Outre la faiblesse des revenus, un autre indicateur de pauvreté important est le manque d’accès aux services sociaux. Le taux moyen brut de scolarisation primaire, qui a baissé dans beaucoup de pays du Sahel au cours des années 80, n’atteint actuellement que 67 %, contre 94 % en Asie du Sud et 117 % en Asie de l’Est. Les services de santé sont de plus en plus insuffisants par rapport à la demande. Cela se traduit par un taux moyen de mortalité infantile de 93 ‰, qui l’emporte sur celui de l’Asie du Sud (84 ‰), de l’Amérique latine (46 ‰), et de l’Asie de l’Est (36 ‰).

Les taux de croissance économique

Au cours des dernières années, l’Afrique subsaharienne a connu des taux de croissance du revenu déplorables. Entre 1970 et 1992, le produit intérieur brut (PIB) moyen par habitant s’est accru de seulement 73 dollars en parité de pouvoir d’achat, alors que, dans le même temps, il a progressé de 420 dollars en Asie du Sud (soit un taux moyen de 2,3 % par an) et de 900 dollars en Asie de l’Est (soit 3,1 % par an). En 1970, le PIB moyen par habitant de ces deux régions était comparable à celui de l’Afrique.

Causes de la pauvreté en Afrique subsaharienne

L’étude a établi que les principales causes étaient les suivantes :

Accès insuffisant aux possibilités d’emploi

Manque de moyens de production, tels que terre et capital, et quasi-impossibilité pour les pauvres d’obtenir du crédit, même pour de petits montants

Accès insuffisant aux moyens de soutenir le développement rural dans les régions pauvres

Accès insuffisant aux marchés où les pauvres pourraient vendre des marchandises et des services

Faible dotation en capital humain

Destruction des ressources naturelles, conduisant à la dégradation de l’environnement et à la baisse de la productivité

Accès insuffisant à l’assistance pour ceux qui vivent à la marge ou pour les victimes de la pauvreté transitoire

Manque de participation des pauvres à la formulation des programmes de développement


Recommandations

La stratégie la plus importante pour réduire la pauvreté en Afrique consiste assurément à chercher à obtenir des taux élevés de croissance durable. En effet, des taux de croissance d’au moins 6,5 % par an sont nécessaires si l’on veut que les pays subsahariens types ramènent la pauvreté à un niveau acceptable. Cependant, une forte croissance générale ne suffit pas à réduire la pauvreté. Le schéma de croissance adopté doit être favorable aux pauvres, soit directement, par la création d’emplois et la hausse des revenus, soit indirectement, par l’amélioration des services sociaux. Ensuite, la répartition de la croissance est décisive, car c’est elle qui détermine quels groupes sociaux bénéficient des créations d’emplois et de la hausse des revenus. En mettant l’accent sur l’expansion de l’agriculture, sur les régions pauvres et éloignées et sur les bidonvilles, on pourrait sans doute faire bénéficier plus largement les différents groupes, notamment les pauvres, de la croissance.

Il ne faut pas s’attendre à ce que la pauvreté en Afrique subsaharienne recule en l’absence d’une amélioration de la détermination des autorités nationales et du sentiment de paternité à l’égard des programmes qui visent à atteindre cet objectif. Or, seuls quelques gouvernements de la région (un quart du total) ont explicitement fait de la réduction de la pauvreté un objectif gouvernemental important.

Les débats menés avec les représentants des gouvernements et des ONG au sujet de l’engagement des dirigeants ont débouché sur trois conclusions :

Les Africains doivent diriger le mouvement de lutte contre la pauvreté et les bailleurs de fonds doivent accepter et faciliter l’exercice de ce rôle.

Le fait que de nombreux gouvernements africains n’ont pas fait de la réduction de la pauvreté leur objectif central est un problème majeur. Les bailleurs de fonds, y compris la Banque Mondiale, portent une part de responsabilité en la matière car ils acceptent d’accorder des prêts même lorsque les gouvernements ne sont guère intéressés par la lutte contre la pauvreté.

Si l’on veut comprendre les problèmes et les besoins des pauvres et agir pour améliorer leur sort, il est indispensable que toutes les parties prenantes soient impliquées.

En fait, l’étude souligne que la réduction de la pauvreté est un objectif valable sur les plans économique et politique. Elle doit donc être au cœur de toute stratégie de développement économique et social.

De la pauvreté …

Dimanche 8 juin 2008

Causes et remèdes possibles à la pauvreté endémique des africains. Palabrez-en ici !