Archive pour la catégorie ‘Faim&Malnutrition’

Les consommateurs de manioc ont du souci à se faire

Dimanche 27 juillet 2008

source: www.alterglobalisation.com

La production d’éthanol à base de manioc menace particulièrement les plus démunis. Cette racine satisfait un tiers des besoins caloriques des populations d’Afrique subsaharienne et constitue l’aliment principal de plus de 200 millions d’Africains qui sont parmi les plus pauvres du continent. En raison de sa haute teneur en amidon, le manioc représente également une excellente source d’éthanol. A mesure que les techniques pour le transformer en carburant s’améliorent, de nombreux pays – dont la Chine, le Nigeria et la Thaïlande – envisagent d’y consacrer une part plus importante de leur récolte. Selon des études réalisées par la Banque mondiale et d’autres institutions, la consommation calorique des populations pauvres se réduit d’environ 0,5 % chaque fois que les prix moyens de tous les principaux produits alimentaires augmentent de 1 %. Si le prix d’une denrée augmente, on la remplace par une autre moins coûteuse, mais si elles subissent toutes le même sort, il n’existe plus de solution de repli.
Dans une étude sur la sécurité alimentaire dans le monde réalisée en 2003, nous avons calculé que, compte tenu des rythmes de croissance économique et démographique, le nombre de personnes affamées baisserait de 23 % (environ 625 millions d’individus) à l’horizon 2025, à condition que la productivité agricole s’améliore suffisamment pour stabiliser les prix alimentaires. Mais si, toutes choses égales par ailleurs, ces prix devaient augmenter à cause de la demande de biocarburants, comme le laissent penser les projections de l’IFPRI, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire augmenterait de plus de 16 millions d’individus pour chaque point de pourcentage de hausse des prix réels des denrées alimentaires de base. En d’autres termes, 1,2 milliard de personnes ne mangeraient plus à leur faim en 2025.

Tout cela pourquoi ? Pour des effets sur l’environnement fort limités. La culture du soja et surtout celle du maïs érode les sols, pollue les nappes phréatiques et exige de grandes quantités d’engrais, de pesticides et de carburant pour pousser, mais aussi lors de la récolte et du séchage. De plus, l’éthanol à base de maïs n’est pas un carburant très efficace. Selon les calculs du Laboratoire national d’Argonne et du Laboratoire national sur les énergies renouvelables [qui dépendent du gouvernement américain], le ratio énergétique net de l’essence, c’est-à-dire le rapport entre l’énergie qu’elle produit et celle nécessaire à sa production, est de 0,81, soit une consommation plus importante que la production. Pour l’éthanol à base de maïs, il est compris entre 1,25 et 1,35, ce qui est un peu mieux. Pour le diesel à base de pétrole, il est de 0,83, contre 1,93 à 3,21 pour le biodiesel obtenu à partir d’huile de soja (le biodiesel tiré des graisses des restaurants est probablement plus efficace). Par ailleurs, le cycle complet de production et d’utilisation d’éthanol à base de maïs émet moins de gaz à effet de serre que celui de l’essence, mais de 12 à 26 % seulement. Quant aux biodiesels, ils émettent 41 à 78 % de moins que le diesel classique. On peut retenir comme autre critère de comparaison les émissions de gaz à effet de serre par kilomètre parcouru par un véhicule, ce qui prend en compte la consommation relative de carburant. L’utilisation de mélanges d’essence contenant moins de 10 % d’éthanol à base de maïs, à la place d’essence pure, réduit les émissions de 2 %.

Si le mélange est composé à 85 % d’éthanol (ce qui n’est possible que pour des véhicules spécialement adaptés) la baisse est plus importante : 23 % s’il s’agit d’éthanol à base de maïs et 64 % s’il est obtenu à partir de cellulose. De même, le diesel contenant 2 % de biodiesel émet 1,6 % de gaz à effet de serre de moins que le diesel classique, et le biodiesel pur (réservé aux véhicules conçus à cet effet), 78 % de moins. D’un autre côté, le biodiesel peut accroître les émissions d’oxyde d’azote, qui contribue à la pollution de l’air.

Bref, les qualités “vertes” de l’éthanol et du biodiesel restent modestes s’ils sont fabriqués avec du maïs et du soja, des cultures gourmandes en énergie et extrêmement polluantes. En revanche, l’éthanol fabriqué entièrement avec de la cellulose (contenue dans les arbres, les herbes et d’autres végétaux) affiche un ratio énergétique situé entre 5 et 6 et émet 82 à 85 % de gaz à effet de serre de moins que l’essence. Mais, pour l’heure, les coûts de récolte, de transport ou de transformation restent élevés. Le directeur d’une usine d’éthanol dans le centre des Etats-Unis estime que, s’il utilisait du panic érigé, une graminée vivace dont on parle beaucoup en ce moment, il faudrait qu’un semi-remorque approvisionne l’usine toutes les six minutes, 24 heures sur 24. Compte tenu, en outre, des subventions qui favorisent l’emploi du maïs et du soja, il est irréaliste d’espérer que la cellulose apportera la solution avant dix ans.
Il suffirait toutefois de prendre aujourd’hui les bonnes décisions pour éclaircir l’avenir. Au lieu d’accorder toujours plus d’avantages fiscaux et de subventions aux biocarburants, le gouvernement américain ferait mieux de s’attacher sérieusement à réduire la consommation des véhicules, des logements et des usines. Il devrait aussi promouvoir les sources d’énergie renouvelables comme le solaire ou l’éolien, et investir dans la recherche pour améliorer l’efficacité des carburants dérivés de la cellulose. En mars, le ministère de l’Energie a annoncé qu’il investirait plus de 385 millions de dollars [285 millions d’euros] dans six usines de transformation de cellulose. Voilà un pas dans la bonne direction.

Souveraineté alimentaire

Lundi 7 juillet 2008

Quelques pistes, des liens utiles et des brochures.

Afrique: le cri de colère des ventres creux.

Jeudi 26 juin 2008

source : Africatime - auteur: kunnafoni (mai 2008).

En seulement quatre mois le prix des céréales a connu une hausse de 84%. Le riz spécialement en l’espace de 60 jours a flambé de 52%. Avec l’augmentation des tarifs de fret à cause du prix du pétrole qui n’a pas fini de grimper, ce sont tous les autres produits alimentaires et de grande consommation qui ont accusé le coup. Partout en Afrique, éclatent des manifestations de rue contre la cherté de la vie.

« Nous allons paralyser totalement Abidjan et les villes de l’intérieur pour nous opposer à la paupérisation extrême des populations.” Ce cri de désespoir vient de Marius Comoé. Le président par intérim de la Fédération des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire n’en pouvait plus de voir ses compatriotes souffrir une deuxième misère après le conflit armé qui a opposé les fils du pays, ceux du Nord à leurs frères du Sud. Parce qu’on se cherche, comme on le dit en français d’Abidjan, pour dire que la vie est chère, trop chère même, la descente des populations dans les rues, les mères en tête, a fait craindre des troubles sérieux pour un pays sortant de guerre et où des velléités de déstabilisation de la part d’irrédentistes sont dénoncés régulièrement. Abidjan n’est pourtant pas le premier pays à connaître des manifestations populaires contre la cherté de la vie et les émeutes de la faim, comme on les appelle maintenant sans honte, n’ont pas commencé aux frontières du Mali. De l’Egypte au Sénégal, du Maroc au Mozambique, c’est comme une croix de fer qui a barré le continent. Au Nigeria, au Cameroun, en Mozambique, en Mauritanie, au Sénégal, au Burkina, en Madagascar… les populations sont sorties pour crier leur colère contre l’augmentation des denrées de première nécessité.

Le prix d’un repas a augmenté, en moyenne d’au moins 30% dans le tiers-monde. « Le problème n’est pas nouveau » rappelle Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation. Il ajoute : « avant la flambée des prix, selon les chiffres de l’ONU, un enfant de moins de 10 ans mourait déjà de faim toutes les 5 secondes. » Mais cette fois-ci il ne s’agit pas seulement de manque de nourriture, mais d’un problème économique de pure spéculation financière.

Spéculation financière
Les détenteurs de capitaux, n’ont pas trouvé meilleurs placements pour leur argent afin d’en tirer toujours plus de bénéfices, que dans les céréales. Entre les mois de janvier et février, les capitaux spéculatifs ont fait ainsi bondir les prix des matières premières, notamment le maïs et le riz, jusqu’à 70% sur la place financière londonienne comparé aux prix pratiqués à la même période l’année dernière. Concernant spécialement le riz, son coût est passé, en seulement six mois de 420 dollars à 570 dollars la tonne à la bourse de Chicago. La Thaïlande, un des principaux producteurs de riz a connu, en une seule journée, début mars une hausse de plus de 30% de cette denrée devenue le nouveau filon des spéculateurs qui ont également pris en otage la culture de maïs pour produire du carburant en remplacement du pétrole, lui aussi de plus en plus cher. Rien que l’année dernière, la facture des pays pauvres pour l’importation de céréales a augmenté de 37% et pourrait s’aggraver lourdement cette année avec une hausse attendue de 56%, à en croire le directeur général de la Fao, le sénégalais Jacques Diouf qui lance un appel aux dirigeants du monde pour une conférence sur la sécurité alimentaire mondiale à Rome du 3 au 5 juin. L’écologiste Noël Mamère en France, ne peut taire sa colère « Derrière cette manipulation spéculative, on retrouve tout d’abord les acteurs de l’agriculture industrielle, les entreprises de la chimie et des semences. Ce sont les mêmes « salopards » […] ces multinationales et leurs amis des industries du pétrole, de l’automobile et de grandes banques qui investissent dans la filière éthanol et ont intérêt à la voir se développer » écrit-il sur son blog.

Dumping agricole
Ce que Jean Ziegler, sociologue suisse et rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation appelle la destruction systématique de l’agriculture vivrière et la qualifie, sans faillir, de “crime contre l’humanité”. «Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d’un crime contre l’humanité pour sa propre soif de carburant», déclare t-il dans le journal français Libération. Cette pratique de vendre sur les marchés extérieurs à des prix inférieurs aux coûts de production détruit systématiquement l’agriculture vivrière africaine. L’Europe en tête, avec sa politique agricole commune, a payé à ses paysans, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. Résultat, on trouve partout en Afrique, sur tous les marchés, du moins dans les villes capitales et certaines grandes agglomérations urbaines, des denrées importées qui décourage le paysan local, le met en danger dans sa subsistance même. Près d’une quarantaine de pays africains, sur les 52 que compte le continent, ont une économie essentiellement agricole tenue par des paysans avec des moyens rudimentaires. Rien que pour notre pays le Mali, les subventions américaines ont fait perdre 43 millions de dollar pour le secteur coton alors que le gouvernement recevait seulement 37 millions de dollar d’aide de la part du gouvernement américain.

Irresponsabilité politique
Mais ce ne sont ni aux européens, ni aux américains que nous devons nous en prendre. “Le développement d’un pays incombe à son peuple et à ses dirigeants, pas à la Fao, ni aux Ong” rétorque Jacques Diouf interpellé par les journalistes notamment africains lors du point de presse qu’il a animé à Paris le 23 avril. Le directeur général de la Fao déclare que seulement 7% des terres arables du continent sont à ce jour exploité. Concernant l’Afrique au sud du Sahara, ce chiffre tombe à 3%. Devons-nous continuer à laisser nos frontières ouvertes aux produits moins chers, puisque subventionnés, ou devons-nous développer une agriculture locale pour notre indépendance alimentaire ?

That is the question. O.B.

© Copyright Kunnafoni

L’Afrique, peu pollueuse, paie le prix fort du réchauffement climatique

Samedi 21 juin 2008

Quand la température monte en Afrique, “les récoltes sont mauvaises et les gens meurent de faim, ou bien les femmes et les filles passent des heures à chercher de l’eau”.

En revanche, relève le PNUD, “dans les pays riches, la gestion du changement climatique se réduit en général au réglage des thermostats, à des étés plus longs et plus chauds et à des modifications de saison”.

Cette “inégalité” face aux tempêtes, inondations et autres sécheresses est subie par tous les pauvres du monde. Mais l’Afrique sub-saharienne, où 40% de la population vit avec moins d’un dollar par jour et autant avec moins de deux dollars, est la plus vulnérable.

Selon les auteurs de l’étude, sur les 720 millions d’habitants de cette région “de 75 à 250 millions pourraient d’ici 2020 voir leurs conditions de vie ou leurs perspectives de développement compromises” par les effets du réchauffement.

Quand le climat se dérègle, la production agricole s’effondre et entraîne des problèmes de malnutrition, de pertes de revenus et de santé.

D’ores et déjà, les enfants nés pendant des périodes de sécheresse, comme par exemple en Ethiopie et au Kenya, souffrent davantage de malnutrition et enregistrent des retards de croissance.

Au Niger, les inondations de 2007 ont créé des mares d’eau stagnantes qui ont attiré les moustiques, porteurs de maladies. Des épidémies de fièvre ont été observées dans la vallée du Rift, ainsi que des hausses des cas de paludisme.

Le PNUD estime que, d’ici 2060, si la température augmente de 2,9 degrés et que les précipitations diminuent de 4%, le revenu par habitant devrait baisser d’un quart en Afrique sub-saharienne.

Or, cette région émet dans son ensemble moins de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre, que l’état du Texas à lui tout seul.

“Le continent affiche le bilan carbone le plus léger au monde, mais risque vraisemblablement de payer le plus lourd tribut au siècle prochain, à cause du changement climatique”, soulignent les auteurs du rapport.

Pour eux, “les pays riches doivent s’acquitter de leur responsabilité” et saisir l’occasion de la conférence des Nations unies de décembre à Bali (Indonésie) pour promouvoir “la coopération internationale”. Cette réunion portera sur les suites à donner au protocole de Kyoto sur les gaz à effets de serre, dont la première phase expire en 2012.

Mais les gouvernements africains ont également un rôle à jouer, notamment pour aider leurs citoyens à faire face aux phénomènes extrêmes.

Dans le domaine de la prévention, le PNUD leur recommande de développer des “systèmes d’alerte précoce” et “un réseau de surveillance météorologique”, et note qu’actuellement il n’existe sur ce continent qu’une station météo pour plus de 25.000 km2, contre une pour 716 km2 aux Pays-Bas.

Le PNUD invite aussi les pays africains à investir dans des installations de stockage ou de collecte d’eau dans les régions qui enregistrent de fortes précipitations concentrées sur quelques semaines.

Enfin, il souhaite l’amélioration des programmes d’assurances pour les agriculteurs et les pauvres en cas de catastrophes climatiques.

Téléchargez le rapport complet.

Les bambous et le soleil sont, parait-il, gratuits …

Lundi 9 juin 2008

L’agriculture Gaïa est-elle l’alternative par excellence pour l’Afrique ?

D’après ses inventeurs, elle est performante dans toutes les conditions de culture même dans les déserts arides. Elle n’utilise ni engrais, ni pesticides, ni OGM et pourtant, la production par unité de temps, d’espace et d’énergie utilisée serait supérieure à toutes les autres formes d’agriculture.
Elle doit s’épanouir en premiers lieux sur des terres infertiles à toutes autres formes d’agriculture. De plus, elle revaloriserait ces lieux et produirait une couche arable propice à l’agriculture Naturelle.

Elle serait très performante car :
-Pour une même quantité d’eau, elle produit beaucoup plus, chaque goutte d’eau est utilisée et recyclée ;
-Elle se sert principalement de boutures et permet donc d’éviter l’achat de semences transgéniques.
-Le seul travail humain est le ramassage et la transplantation des boutures, la vérification du maintien de l’autorégulation de l’ensemble des acteurs de ce type d’agriculture (vers de terre, mantes religieuses, poissons, végétaux).
-Elle produit des poissons de meilleures qualités que la pisciculture scientifique et les poissons sauvages parce que nourris de céréales, légumineuses et de vers de terre
-Elle consomme 0% d’énergie pétrolière et nucléaire.
-Elle a un coût de productivité de 0.

Si vous avez une expérience pratique de cette agriculture, parlez-en sur ce site, nous sommes très curieux d’en savoir plus et de vérifier la véracité de cette annonce.

Une petite algue bleue comme l’espoir ?

Dimanche 8 juin 2008

La spiruline, une algue bleue, permet de lutter contre la malnutrition, la dénutrition et les carences protéiques. Elle est une source de fer hautement assimilable. Ainsi, 10 g de spiruline couvrent 100 % des apports journaliers recommandés.

Ni tout à fait végétale ni tout à fait animale, ce micro-organisme se développe naturellement dans les milieux liquides saturés de matières organiques et de soude de la ceinture intertropicale. Elle se multiplie à une vitesse affolante dès qu’il fait plus de 30 degrés à l’ombre.

Cette micro-algue serait la solution au problème de la faim dans le monde. Son efficacité contre la malnutrition tient à la qualité de ses protéines: elles représentent de 55 à 70% de son poids et contiennent tous les principaux acides aminés. La spiruline est également riche en acides gras essentiels et recèle de la provitamine A (bêtacarotène) et de la vitamine B 12. Elle apporte aussi fer, calcium et magnésium.
Elle pourrait même renforcer les défenses naturelles et, à ce titre, représenter un excellent complément dans le traitement du SIDA et d’autres maladies endémiques en Afrique.

D’autres articles sur cet algue seront bientôt publiés sur ce site.

Pour en savoir plus, découvrez le site d’Antenna France.

Nous voulons une terre pour vivre

Samedi 7 juin 2008

source : DECLARATION DU FORUM DES ONG ADRESSEE AU SOMMET MONDIAL DE L’ALIMENTATION en 1996

Ni la nourriture ni la famine ne peuvent être utilisées comme arme politique nationale ou internationale. L’accès à l’alimentation ne peut être refusé à aucune nation, groupe ethnique ou social pour des raisons politiques, économiques, religieuses ou autres. Les embargos économiques ou les sanctions internationales qui affectent les populations sont incompatibles avec la sécurité alimentaire. Ceux actuellement en vigueur doivent être abandonnés.

La honte qu’inspirent une faim et une malnutrition globales impose l’action de tous. En même temps, nous insistons sur le fait que les gouvernements ont la responsabilité, à la fois première et ultime, d’assurer la sécurité alimentaire nationale et globale.

Les représentants de la société civile réunis au Forum des ONG sont d’accord sur certaines des causes fondamentales de l’insécurité alimentaire.

La globalisation de l’économie mondiale, de même que l’absence de contrôle des multinationales et la diffusion des modèles de surconsommation ont augmenté la pauvreté dans le monde. L’économie globale d’aujourd’hui est caractérisée par le chômage, les bas salaires, la destruction des économies rurales et la faillite de l’agriculture familiale.

L’agriculture industrialisée, l’élevage hors-sol et la surpêche détruisent l’exploitation traditionnelle, empoisonnent la planète et tous les êtres vivants. Les exportations subventionnées, les prix artificiellement bas, le dumping constant, et même certains programmes d’aide alimentaire, augmentent l’insécurité alimentaire et rendent les populations dépendantes des denrées alimentaires qu’elles ne sont pas en mesure de produire. La réduction du stock mondial de céréales a accru l’instabilité du marché au détriment des agriculteurs familiaux.

Les agriculteurs familiaux et les personnes vulnérables sont obligés, en raison des politiques menées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, de payer le prix de l’ajustement structurel et du remboursement de la dette. Les politiques nationales négligent trop souvent ces mêmes groupes. La corruption officielle provoque l’érosion de tout effort tendant à obtenir la sécurité alimentaire.

La prolifération des conflits militaires et civils, ainsi que la dégradation de l’environnement, sont une cause croissante de la faim et de l’insécurité alimentaire. La faim et la malnutrition sont plus graves lorsqu’elles se combinent avec les catastrophes naturelles.

LES PROPOSITIONS DE LA SOCIETE CIVILE POUR ARRIVER A LA SECURITE ALIMENTAIRE

Nous proposons, pour atteindre la sécurité alimentaire, un nouveau modèle qui met en question un grand nombre des thèses, politiques et pratiques existantes. Ce modèle, basé sur la décentralisation, conteste le modèle actuel, basé sur une concentration de richesse et de pouvoir qui met aujourd’hui en danger la sécurité alimentaire, la diversité culturelle et les écosystèmes qui rendent la vie possible sur la planète.

Nous soulignons six éléments-clefs de ce modèle alternatif, de même que les initiatives à prendre en vue de son développement et de sa mise en oeuvre. Une approche intégrée est nécessaire, et une action simultanée est par conséquent exigée dans chacun de ces secteurs.

1. Les capacités des petits producteurs, y compris des populations indigènes, des femmes, des jeunes, de même que les systèmes alimentaires locaux et régionaux doivent être renforcés.

Tous les aspects de l’alimentation et de l’agriculture doivent être réorientés en faveur des agriculteurs familiaux. Cela doit inclure un soutien technique, gestionnaire et financier, le crédit, ainsi qu’un accès direct aux marchés pour les associations paysannes. Il faut également accorder plus d’importance à une agriculture urbaine saine et durable.

Les femmes jouent un rôle central dans la sécurité alimentaire et il faut leur garantir le droit aux ressources productives ainsi que des possibilités égales pour utiliser et développer leurs savoir-faire.

Les ressources doivent être réorientées en faveur des producteurs et de systèmes alimentaires régionaux et locaux. Des ressources doivent être rendues disponibles pour l’investissement au travers d’une suppression et d’un allègement de la dette, d’une réaffectation de la coopération internationale existante et d’une mobilisation de ressources supplémentaires de la part des pays riches, qui doivent respecter leur engagement de consacrer 0,7% du PNB à l’aide publique au développement.

Les agriculteurs familiaux doivent avoir accès aux systèmes de communication et d’information.

2. La concentration des richesses et du pouvoir doit être inversée et des actions doivent être envisagées pour éviter des concentrations ultérieures. En particulier:

La réforme agraire en faveur des populations rurales pauvres qui veulent travailler la terre doit être mise en oeuvre immédiatement et une priorité doit être accordée au développement rural intégré.

Les ressources génétiques sont essentielles pour la sécurité alimentaire et ne peuvent faire l’objet des droits de propriété intellectuelle. Les droits des agriculteurs, des communautés et des peuples indigènes doivent être définis par eux-mêmes et promus aux niveaux national et global.

3. L’agriculture et les systèmes de production agricoles et alimentaires, qui se fondent sur des ressources non renouvelables et qui influencent de manière négative l’environnement, doivent être modifiés au profit d’un modèle basé sur des principes agro-écologiques.

La recherche nationale et internationale, la formation et les services de vulgarisation rurale doivent être réorientés afin d’intégrer le paradigme agro-écologique, qui incorpore les connaissances et expériences des exploitants agricoles, hommes et femmes. Une cartographie agro-écologique doit être réalisée pour fournir les détails sur la dégradation environnementale, partielle ou totale.

Pour prévenir et réduire l’impact de la sécheresse et de la désertification, il faudra assurer l’accès et la gestion durable de l’eau ainsi que la récupération, la conservation et l’utilisation durable du couvert végétal naturel.

Les politiques et les pratiques qui favorisent la production agricole biologique devraient être adoptées, de manière à réduire ou à éliminer l’utilisation des pesticides et d’autres produits chimiques en agriculture.

Les coûts écologiques et sociaux de l’agriculture industrielle doivent être inclus dans les prix de manière à éviter une concurrence déloyale à l’égard de l’agriculture durable.

Un régime alimentaire équilibré, diversifié, culturellement acceptable, ainsi que des aliments sains et de bonne qualité doivent être assurés à tous.

4. Les gouvernements, du niveau national au niveau municipal, et les Etats ont pour responsabilité principale de garantir la sécurité alimentaire. Leur capacité de remplir ce rôle doit être renforcée et les mécanismes nécessaires pour assurer cette responsabilité doivent être améliorés.

Des politiques nationales pour vaincre la pauvreté, en garantissant des moyens d’existence durables, des possibilités d’emploi pour tous, et une distribution équitable des revenus, doivent être mises en oeuvre en vue d’améliorer l’accès des pauvres et des plus vulnérables aux produits alimentaires et aux ressources destinées à l’agriculture.

Les Etats doivent garantir les droits politiques et économiques de ceux qui habitent à l’intérieur de leurs frontières, y compris les droits des consommateurs. Les Etats doivent également assurer un climat favorable au développement et aux processus démocratiques, grâce à des efforts pour protéger l’environnement et éviter la violence, le terrorisme et les discriminations de toutes sortes. Les Etats doivent également respecter le droit international.

Les programmes actuels d’ajustement structurel imposés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale doivent être suspendus. Les futures réformes économiques et le plan de rééchelonnement des dettes doivent être reformulés avec la participation de la société civile.

Les Etats doivent faire des efforts accrus afin de prévenir et de résoudre les conflits de manière pacifique. En collaboration avec les institutions donatrices, ils doivent garantir l’alimentation des populations vulnérables, y compris des réfugiés et des personnes déplacées.

5. La participation des organisations populaires et des ONG doit être renforcée et approfondie à tous les niveaux.

Le droit à la libre association doit être garanti, y compris le droit des agriculteurs familiaux, consommateurs, femmes, populations indigènes, jeunes et autres à s’organiser librement.

La société civile doit contrôler l’impact des politiques, programmes et actions des organisations internationales, commerciales et financières, sur la sécurité alimentaire et doit participer à la formulation et au contrôle des politiques et programmes nationaux.

Les organisations de la société civile devraient également participer à la mise en oeuvre efficace des projets destinés au développement alimentaire et agricole.

6. Le droit international doit garantir le droit à l’alimentation, en assurant que la souveraineté alimentaire ait priorité sur les politiques macro-économiques et la libéralisation commerciale. Les aliments ne peuvent être considérés comme des marchandises, étant donné leur dimension culturelle et sociale.

Chaque nation doit avoir droit à la souveraineté alimentaire afin d’atteindre le niveau de suffisance alimentaire et la qualité nutritive qu’elle estime adéquats sans subir de représailles sous quelque forme que ce soit. Les forces du marché aux niveaux national et international ne résoudront pas, à elles seules, le problème de l’insécurité alimentaire. Dans de nombreux cas, elles peuvent la provoquer ou la renforcer. Aussi les accords de l’Uruguay Round doivent-ils être revus en conséquence.

Tous les pays et les peuples ont le droit de développer leur propre agriculture. L’agriculture remplit de multiples fonctions, toutes essentielles pour obtenir la sécurité alimentaire.

Des négociations doivent avoir lieu pour développer des instruments plus efficaces en vue de mettre en oeuvre le droit à l’alimentation. Ces instruments doivent inclure:

Un Code de conduite qui régisse les activités de ceux qui participent à la réalisation du droit à l’alimentation, y compris les institutions nationales et internationales, de même que les organismes du secteur privé, tels que les sociétés multinationales.
Une Convention mondiale sur la sécurité alimentaire pour appuyer les gouvernements dans le développement et la mise en oeuvre des plans de sécurité alimentaire nationale et pour créer un réseau international de réserves alimentaires locales, nationales et régionales. Cette convention devra être ratifiée pour que le droit à l’alimentation ait priorité sur d’autres accords internationaux tels que l’Organisation mondiale du commerce.
L’aide alimentaire structurelle doit être remplacée progressivement par le soutien à l’agriculture locale. Lorsque l’aide est indispensable, il importe de privilégier les achats locaux et l’aide triangulaire qui prévoit que la nourriture est achetée dans un pays pour être distribuée dans le pays bénéficiaire de la même région.


LE SUIVI

Les organisations de la société civile s’engagent à assurer le suivi de ce Sommet mondial de l’alimentation, en particulier en surveillant les engagements pris par le Sommet, et une participation active à la campagne “La nourriture pour tous”. En dehors de la Convention mondiale sur la sécurité alimentaire et du Code de conduite, l’initiative ” La nourriture pour tous” devrait devenir le fondement d’une mise en oeuvre vaste, basée sur la participation, aux niveaux local, national et international, des efforts tendant à assurer le droit juridique à l’alimentation. Nous demandons également un élargissement du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale afin que soient inclus tous les acteurs de la société civile dans des missions de suivi attribuées au Comité. En conclusion, la faim et la malnutrition sont essentiellement une question de justice. A moins que nous n’acceptions que le droit de tout être humain à la nourriture, et par conséquent à la survie, doit venir avant toute recherche du profit, le fléau de la faim et de la malnutrition continuera.

ndlr : 12 ans déjà !!! Pas grand chose n’a changé dans la politique agricole mondiale !