Trois préservatifs par an en moyenne pour chaque homme en Afrique subsaharienne

(source : Mail & Guardian - traduit de l’anglais)

Une statistique a une résonance particulière, à savoir que les hommes en Afrique subsaharienne n’ont accès qu’à une moyenne de trois préservatifs par an.

Ce chiffre résume une des plus frustrantes réalités vécues par les travailleurs de la santé d’aujourd’hui - le fait qu’il n’y a tout simplement pas assez de contraceptifs pour tout le monde. Ceci en dépit du fait que les préservatifs coûtent, en moyenne, environ trois cents l’unité.

Si des progrès ont été accomplis depuis la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), les pays les plus pauvres n’ont toujours pas accès à la contraception. La CIPD a été un événement historique dont l’objectif était de rendre la santé sexuelle en généralisant les services offerts à tous d’ici à 2015.

Dans le cas des préservatifs, qui jouent également un rôle majeur dans la prévention de la propagation du VIH, près de 10 milliards d’unités ont été nécessaires en 2002 dans le monde en développement et en Europe orientale ; Or, les fabricants n’en on donné que 2,5 milliard ; sérieuse augmentation par rapport aux 950 millions de préservatifs fournis en 2000, mais, cette augmentation est attribuée à ce que le PAI (Population Action International) appelle “une contribution unique” des gouvernements de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et du Canada ; aucun budget n’a été alloué pour les années à venir.
Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) constate la baisse globale des financements en faveur des programmes de contraception et estime qu’en 2015, $ 1,8 milliards seront nécessaires pour financer des initiatives globales de contraception.
«Beaucoup d’entre nous savent depuis longtemps, qu’il y a un réel problème d’insuffisance de stock de moyens contraceptifs», a déclaré le Président PAI Amy Coen. “Mais souvenez-vous qu’il a fallu 10 ans pour que les gens réalisent l’importance et la dangerosité de l’épidémie de VIH / SIDA. Comme pour tous les grands problèmes, les consciences s’éveillent lentement”.

Il y a probablement un jeu profond et subtil de questions derrière le fait que les préservatifs ne sont pas plus facilement accessibles aujourd’hui qu’hier.

Dans une brochure intitulée “Le compte des préservatifs” on peut lire :

“Ce qui fait défaut, c’est l’acceptation ferme et sans ambiguité du rôle indispensable de la promotion du préservatif dans la prévention et l’engagement dans l’action - principalement de la part des gouvernements et de quelques-uns des principaux bailleurs de fonds».

C’est une tendance que Frances Kissling, présidente des “Catholiques pour un Libre Choix”, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Washington, a également noté.

«Je pense qu’il y a deux aspects à celle-ci. D’une part, il y a un véritable sujet de préoccupation en ce sens que les préservatifs ne sont pas infaillible. D’autre part, tandis que le taux d’échec est faible, le prix de l’échec est tragique», a t-elle dit, ajoutant “Il y a un malaise. On ne veut pas trop approuver un préservatif si le risque existe.”

Selon diverses sources, le préservatif masculin est à 98% efficace pour prévenir la grossesse s’il est utilisé correctement. Son efficacité dans la prévention des MST et du SIDA touche environ 80% des utilisateurs.

“Je pense que l’un des problèmes qui émerge ces dernières années, provient de la désapprobation de l’activité sexuelle en général - et, plus particulièrement, de l’activité sexuelle des personnes à risque”, a t-elle noté. «Je pense qu’il y a beaucoup de gens dans les ONG, ainsi que dans les organismes gouvernementaux qui croient vraiment que les gens qui sont à risque de transmission du VIH ne doivent tout simplement pas avoir de relations sexuelles.”

Pour les fonctionnaires américains qui ont approuvé la «campagne ABC» (qui met l’accent sur “l’abstinence”, “Etre fidèle” ou “L’utilisation d’un préservatif”) - menée avec succès en Ouganda - l’abstinence doit prendre le dessus sur l’utilisation.

Le Plan d’urgence du Président pour la lutte contre le sida (PEPFAR), qui est entré en vigueur en 2003, prévoit qu’un tiers des fonds américains pour la prévention du sida soit dépensé dans les programmes qui encouragent l’abstinence avant le mariage.

Lors d’une conférence tenue dans la ville turque d’Istanbul en 2001, diverses ONG ont souligné l’urgence croissante de la nécessité de fermer la “condom gap” et ont uni leurs forces pour résoudre cette problématique. Quatre de ces groupes ont constitué la Supply Initiative, un projet qui, entre autres choses, utilise l’Internet pour rationaliser le financement et l’achat de contraceptifs.

Kissling est également d’avis que la persistance tenace face à la pénurie est la clé :«Il n’y a pas de formule magique quant à la façon de créer le changement social ou de susciter la volonté politique. “Il faut pousser, et pousser, et pousser, et pousser ; c’est ainsi que chaque changement social s’est passé.”

Comme l’a noté “rebours 2015″, les pays bénéficiaires de l’aide à la contraception doivent également démontrer un engagement clair en faveur de l’universalisation des moyens contraceptifs - même si leur manque d’infrastructures posent des défis considérables pour assurer la distribution de préservatifs et le contrôle de leur utilisation.

“Je vais utiliser l’analogie de Coca-Cola. Peu importe où vous allez, vous pouvez trouver cu Coca-Cola, même dans les villages les plus reculés. Ce fait soulève la question de l’infrastructure et de la volonté d’agir».
Si une large diffusion est possible avec Coca-Cola, alors pourquoi pas les préservatifs?

NDLR : peut-être devrait-on coller un préservatif sur chaque bouteille de coca-cola.

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